Malaise dans le système…

Dimanche, je fus témoin, à distance (du moins physiquement, puisque pendant quelques minutes, j’ai pu me joindre au groupe via Skype), de la naissance de ce que le groupe a “auto-nommé” une TRIBU.

Le but de cette tribu est de réfléchir, mais surtout d’agir devant les besoins criants (et craints par Ze Système) qui sont constatés en éducation au Québec, principalement en ce qui concerne l’intégration des technologies de l’information et (surtout?) des communications. (François Guité disait aujourd’hui, avec justesse, sur Twitter que souvent, dans l’intégration des TIC, on “bloque” souvent à la lettre T)…

Mon premier réflexe en fut un de prudence (presque de recul), surtout devant le nom du “hashtag” utilisé pour les quelques gazouillis rédigés à cette occasion (#MesseTIC)… Peut-être est-ce causé par des expériences antérieures, mais le mot “messe” fait peut-être un peu trop référence à une religion (hors de laquelle, par définition ou “droit canonique”, il n’y a point de salut – mon bacc en théologie me sert peut-être un peu ici !!!), voire même à une secte. Or, être sectaire, c’est se condamner à l’isolement, social ou autre… (Mise à jour (avant même d’avoir fini d’écrire ce billet) : le hashtag MesseTIC devient TribuEdu, finalement !)

En même temps, toute religion est née au départ d’une espèce de secte, la différence entre secte et religion étant presque exclusivement une question de nombre d’adeptes… en tournant quelques coins un peu rond, je sais…

Hormis ces considérations sémantiques, une chose ressort très nettement malgré tout: il y a un profond malaise, ou encore une énorme distorsion temporelle entre le système d’éducation tel qu’on le connait (depuis quelques siècles !!!) et les besoins des étudiants (ou élèves, c’est pareil dans ce texte…)

Est-on en train d’assister à un clivage générationnel (pas nouveau, comme truc, que cela !), ou pire, à un clivage culturel engendré par une (r)évolution de notre société, amenée par tous ces moyens dits technologiques qui remettent en question la société dite “industrielle” qui “sévit” depuis plus de 2 siècles ?

Sincèrement, je pense que nous sommes à un tournant, mais qu’un système d’éducation, ça ne se tourne pas sur un 10 cennes, malheureusement, tandis que les réseaux sociaux supportés par la technologie (car ce n’est pas la technologie, mais beaucoup plus ses implications, collaboratives et autres !!!), eux, évoluent énormément plus vite que tout système, naturellement plus ou moins sclérosé, par définition, de par sa nature même, surtout que tout système tend naturellement (encore) à nier ce qui le remet en question…

Alors, si nous voulons évoluer et contrer le décrochage d’une génération au complet (au rythme où les stats évoluent), sommes-nous condamnés à attendre après un système qui réagira forcément beaucoup trop lentement et surtout trop tard ? Sommes-nous alors condamnés à développer des outils pertinents HORS système (conclusion à laquelle j’arrivais à la suite d’une réflexion collective en septembre 2007 – Vers l’éducation 2.0) ? Ou encore, sommes-nous (ceux qui réalisent l’urgence d’agir) plutôt condamnés à agir HORS système, mais tout en restant DANS le système, c’est-à-dire en se réseautant au plus vite entre nous, en créant des ponts entre nos classes ?

Mais pour que tout cela soit possible, compte tenu de la lourdeur actuelle de la tâche d’un enseignant, si on veut que toutes ces démarches puissent avoir l’ombre d’une chance de réussite, il va falloir des appuis en plus haut lieu. Les “simples profs” ne peuvent se déguiser en Atlas et porter tout le monde et ses changements sur leurs frêles épaules. Il va falloir que des entreprises éducationnelles ou technologiques ou autres leviers importants de ce genre prennent des risques avec ces enseignants volontaires, avec ces pionniers de ces nouveaux temps. (On ne dira pas le mot “modernes”, car le mot réfère à des temps devenus … anciens ;-)) Il va aussi falloir que nos directions décollent (!) d’une logique de contrôle dans laquelle certains sont encore empêtrés. (À ce sujet, lire l’excellent billet chez grisvert.com: leçon de gestion 101 ?)

Ces appuis nous sont devenus nécessaires. Et il va falloir s’en servir !

À suivre…

 

P.S.: Merci à Stéphane Brousseau et à Guillaume Payette qui, avant même que je n’aie complété la rédaction de ce billet, ont proposé TribuEdu pour le hashtag au lieu du MesseTic initial 😉 Décidément, les gars, vous lisiez mon brouillon par dessus mon épaule, malgré les quelque 150 ou 200 km qui nous séparent physiquement 😉

  1. Vaste sujet…

    D’ordinaire, je m’abstiens d’intervenir sur des sujets qui me paraissent trop éloignés de ma petite sphère d’influence, considérant que je n’ai pas assez de temps pour rédiger une réponse à la hauteur des enjeux…

    Je vais faire une exception, parce que je pense pouvoir répondre en quelques phrases… ce qui ne diminue en rien l’importance du sujet…

    1° Les “distorsions” générationnelles ont toujours existé : les plus jeunes adoptent plus rapidement les avancées scientifiques et technologiques. Le monde avance ainsi…

    2° Cette propension à la précipitation nous touche tous plus ou moins selon nos centres d’intérêts. Nous sommes impatients d’essayer, tester, posséder, utiliser, intégrer à notre quotidien ce qui nous paraît innovant.
    Nous en oublions de réfléchir aux conséquences à moyen et long terme : par exemple, quasiment plus personne n’imprime ses photos, tous nous les conservons sous forme numérique… Mais qui parmi vous fait des sauvegardes ? Qui connait la longévité réelle d’un support numérique ?
    Il faut avoir perdu deux ans de photos pour commencer à se poser des questions.

    3° L’homme normal (ou la femme normale…) est plongé dans son quotidien : tout ce qui peut lui paraître améliorer son quotidien (avec ce que cela suppose d’instantanéité) est bon à prendre…

    4° Les TICs n’échappent pas à cette/ces règle(s)…
    Selon moi, les TICs ne justifient pas le brassage qu’elles suscitent.
    Les TICs sont des outils, chacun se les approprient, à son rythme, avec les moyens (tant intellectuels que financiers) dont il dispose.
    Les TICs creusent les écarts entre les individus ?
    Pas plus que :
    * les stylos plumes Or par rapport aux BICs ;
    * les calculatrices sophistiquées par rapport au simple calculette ;
    * l’encyclopédie Universalis par rapport à la collection Tout l’univers ;
    * le Scooter par rapport à la mobylette ou au vélo ;
    * les dernières voitures à la mode par rapport à la traban…

    Tout est question de contexte et de point de vue…

    Les TICs ne doivent pas être le prétexte à évoquer le mal être d’une institution qui, partout dans le monde, tente de trouver des boucs-émissaires pour masquer son incompétence à enseigner les fondamentaux !

    Les seules vraies inégalités dont un enseignant doit se soucier relèvent non pas des outils, mais des fondamentaux.
    Nos apprenants savent-ils suffisamment lire, compter, analyser, synthétiser pour s’approprier n’importe quel outil ?
    Nos apprenants ont-ils suffisamment envie d’exercer leur curiosité pour apprendre de nouvelles connaissances lorsque c’est nécessaire ?
    Nos apprenants auront-ils suffisamment de volonté pour exercer leur autonomie ?

    Pour rebondir sur la conclusion du billet de Sylvain, je crois pouvoir répondre Oui à la dernière de mes questions : nos apprenants savent réseauter quand c’est nécessaire, ils n’ont pas attendu pour le faire…

  2. Ouf… l’immensité de la tâche fait peur et, tant qu’à rester dans le pessimisme, aussi bien ajouter un éclairage tout aussi effrayant : il y a un grand fossé entre les Atlas et les Brice (houhouhou quelle appellation !), mais ce fossé se crée maintenant aussi avec l’école, entre les familles riches culturellement et les autres, celles qui ont accès à Internet, celles qui ne l’ont pas. La tâche est immense et heureusement que les réseaux sociaux sont là pour nous aider.

  3. Missmath: t’en rajoutes une couche… mais elle est très pertinente !

    Gaël: je finis par prendre le temps de revenir à ta longue réflexion, et ce, point par point, pour ne pas me perdre ! 😉

    1-Distorsions générationnelles existent depuis toujours: d’accord ! Elles provoquent la tension nécessaire à l’avancement sur le mince fil sur lequel on marche constamment et qu’on appelle l’équilibre 😉

    2-J’observe souvent des gens innovants: certains avancent ou veulent avancer trop vite à mon avis (Parfois, j’en suis aussi, quand je me regarde a posteriori ;-)) Certais réfléchissent trop longuement aussi. Des conséquences sont prévisibles et nous nous devons de les identifier, mais d’autres le sont peu ou pas…

    Encore ici, tension nécessaire ?

    3-rien à redire ici 😉

    4-Que de bonnes questions tu soulèves ici. Et elles rejoignent ce que j’évoque quand je parle d’intégration des TIC. On intègre l’usage d’outils qui servent à faire des raisonnements, à poser des jugements, à communiquer efficacement, etc., ce que tu appelles les fondamentaux. L’utilisation de l’outil comme une finalité est une grave erreur. Et en plus, ces outils évoluent à la vitesse grand V !

    Tout ce réseautage social qui rapetisse la planète à vue d’oeil (dans un écran) est en train de changer certaines façons de faire, mais aussi certaines réalités dites plus fondamentales. En ce sens, il nous faut agir, réagir, faire quelque chose, sans pour autant oublier de réfléchir au fur et à mesure que nous agissons, avant, pendant et après l’agir. Constamment en fait. 🙂

  4. A propos de distorsion générationnelle, il semble qu’elle tende à s’amenuiser : Technology Use Is Becoming Age-neutral

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