De déduction d’impôts pour les profs

RentreeScolaireRécemment, lors du dépôt du dernier budget fédéral (mars 2016), le nouveau gouvernement Trudeau (Justin) annonçait que les enseignants allaient enfin pouvoir déduire une partie (15%, 150$ maximum) de leurs dépenses réalisées dans le cadre et pour leur travail, mais avec leur budget personnel.

Évidemment, cette nouvelle a suscité certains remous au sein même de la profession enseignante. Certains sont heureux de la reconnaissance d’un fait qui existe depuis très très longtemps, d’autres, bien au contraire, sont en colère que ce fait, pour les profs, de dépenser annuellement souvent plusieurs centaines de leurs dollars personnels soit ainsi “institutionnalisé” et normalisé, voire même banalisé.

Pour ma part, j’hésite encore à me positionner d’un côté ou de l’autre. Je m’explique.

Il y a très longtemps que je constate qu’un nombre assez grand de profs dépensent plusieurs centaines de dollars par année pour élaborer du matériel scolaire pour leurs élèves. (Je le constate aussi à même mon budget familial — nous sommes 2 profs à la maison). Les raisons principales tournent toutes autour du budget de classe bien trop limité pour permettre plus que ce maigre petit “ça”, qui se révèle trop vite insuffisant. Alors comme les profs aiment beaucoup (trop diront certains) leurs élèves, qu’ils veulent beaucoup (trop?) que leurs élèves réussissent tous, qu’ils veulent énormément (trop?) que leurs élèves aient en main le matériel le plus adéquat possible, ces profs n’hésitent donc pas à puiser à même leur propre portefeuille pour acheter ce matériel.

Et ceci, c’est sans compter les crayons, le papier et bien d’autres produits semblables que beaucoup de profs achètent avec leur propre argent également.

Quelques exemples :

  1. À mon école, jadis, nous avions un budget de 15$/an pour nous procurer au magasin scolaire des stylos (rouges et autres), du papier, et quelques autres babioles utiles dans l’exercice de nos fonctions. Ce montant a été aboli depuis quelques années. Alors plusieurs, plutôt que de remplir un formulaire afin de faire acheter à même un quelconque tiroir budgétaire de l’école certains de ces accessoires (et dont la pertinence de l’achat pourrait théoriquement être sujet à discussion), préfèrent acheter désormais ces objets avec leur propre argent : on gagne ainsi en rapidité et en efficacité.
  2. Parfois, dans certaines écoles, il faut fournir la liste des objets et le nom du magasin à l’avance, dans un formulaire, afin de pouvoir se faire rembourser : des profs alors décident, lors d’une visite impromptue dans un magasin, d’acheter sur-le-champ, pour pouvoir profiter d’un spécial, par exemple, mais alors la transaction se fait avec son propre argent, sans possibilité de remboursement par l’école.
  3. Dans d’autres cas, plus “extrêmes”, je connais des profs qui achètent une fois l’an un iPad pour leur classe du primaire, afin que les élèves puissent y réaliser certaines activités d’apprentissage. Oui, ça va jusque là parfois ! D’autres cas moins extrêmes : les profs qui achètent eux-mêmes des applications pour leur iPad personnel… qui sert en classe !
  4. Enfin, il y a sûrement d’autres “variantes” selon les milieux (Vous pouvez les ajouter en commentaires…)

1205208_le-numerique-pour-lutter-contre-lechec-scolaire-web-tete-021747154300Personnellement, quand j’ai décidé de prendre, en 2007, le virage numérique pour de bon (J’avais “résisté” jusque là à l’achat d’un portable, faute de budget…), je me suis acheté un ordinateur portable moi-même (en bénéficiant toutefois d’une mesure de remboursement (de ma commission scolaire) par retenue à la source pendant 2 ans : une façon de faciliter l’acquisition, mais c’est quand même moi qui paie en bout de ligne! Sans déduction fiscale.)

Je me rappelle alors avoir discuté avec le vice-président de mon syndicat (rencontré par hasard dans les couloirs de l’école) du fait que cette dépense devrait faire l’objet d’une déduction fiscale à raison du pourcentage d’utilisation de l’appareil dans le cadre de mon emploi, jusqu’à concurrence d’un seuil entre 50 et 75%. Je m’étais alors fait regarder d’une façon presque extraterrestre 😉 Mais je sais que depuis, l’idée a fait son chemin…

lenovo-ibm-thinkpad-e431-notebook-computerChemin qui a été interrompu en cours de route (!), lorsque l’ancien premier ministre du Québec, Jean Charest, annonça en grandes pompes que tous les enseignants du Québec auraient désormais un portable. Évidemment, ce que ces annonces ne disent pas, c’est que, trop souvent, l’appareil est au choix de la Commission scolaire, qui est elle-même soumise au choix du Centre de services partagés du Québec (ou autre décideur semblable dont j’ai déjà parlé ici, avec déception et presque colère), etc. Et je ne parle pas ici des lobbys parfois amis du régime au pouvoir, qui influencent parfois grandement le choix. Bref, du matériel non choisi, parfois avec des configurations barrées, dans certains milieux, etc., et qui peut répondre souvent de façon inadéquate aux besoins pédagogiques. Personnellement, je me rappelle avoir pensé et dit à ce moment que j’aimais mieux choisir l’appareil avec lequel je suis plus productif et avec lequel je peux être plus efficace plus rapidement, quitte à n’avoir accès qu’à un remboursement partiel de la valeur de l’appareil : pourquoi pas ? Apple_Macbook_Pro_15_35781448-4070Ça me semble plus logique d’aller dans le sens du choix utilisateur, selon les véritables besoins, plutôt que ce choix se fasse exclusivement en top-down où l’employé doit encore subir plutôt qu’agir avec plus d’efficacité. Bref, j’ai eu mon PC portable “de Jean Charest”, il ne sert qu’occasionnellement, et je continue d’être beaucoup plus rapide et productif avec mon Mac, voilà !

Alors pour en revenir à la déduction du gouvernement Trudeau, je trouve qu’elle ne va pas assez loin, pour ma part. Le fait des dépenses personnelles existe depuis trop d’années pour que l’on puisse revenir en arrière en un nombre suffisant d’années avant que je ne prenne ma retraite !!! Plus sérieusement, je doute fort que l’on puisse renverser la vapeur efficacement, compte tenu de plusieurs facteurs : les profs aiment trop voir réussir leurs élèves pour sacrifier environ une génération, le temps que ça prendrait sans doute pour faire valoir les revendications matérielles en lien avec les dépenses personnelles des profs pour du matériel “de bureau” (ou d’éducation et d’apprentissages).

Je sais bien, pourtant, que dans bien des corps d’emploi, l’employé ne fournit ABSOLUMENT RIEN de sa poche pour pouvoir exercer ses fonctions. Mais je sais aussi que, dans le cadre de leurs fonctions, d’autres catégories employés doivent fournir leur matériel (chauffeur de taxi qui fournit l’auto, musicien salarié qui fournit ses instruments de musique, etc.), MAIS ALORS ces employés bénéficient de déductions fiscales parfois substantielles ! DONC, les profs qui fournissent ainsi du matériel (et ils sont légion) devraient pouvoir avoir la reconnaissance de leur commission scolaire ou de leur direction, afin de pouvoir remplir le formulaire T2200 (et T777) au fédéral (TP64.3 et TP59 au provincial au QC) et ainsi bénéficier d’une déduction fiscale. Le gouvernement Trudeau a créé une “case spéciale profs” au lieu d’utiliser le T2200, d’accord, mais alors la déduction doit aller BEAUCOUP plus loin qu’un petit 15% dont le maximum est de 150$ (ce qui représente tout de même 1000$ de dépenses au départ !). De plus, cette déduction doit se faire autant au fédéral qu’au provincial (Après tout, l’éducation est une compétence provinciale, non ?).*

Voilà, au final, ce que je pense actuellement de cette mesure. Libre à vous d’en discuter ici 🙂

*NOTE : je sais, pour l’avoir vu passer sur le groupe Facebook “Enseignants et enseignantes du Québec”, qu’il y a eu discussion à propos du formulaire fédéral de “conditions d’emploi” (T2200). Au moment où j’écris ce billet, je ne sais pas encore combien de profs ont réussi à faire signer ce papier par leur employeur, mais tout cela me semble indépendant de la nouvelle mesure Trudeau dont il est question ici.

Être réseau

social-networkingÇa fait longtemps que je nourris une forme de réflexion (dans l’action) sur et à propos des réseaux sociaux. Ça fait longtemps que j’ai personnellement choisi la ligne du compte unique, où je suis moi-même en tout temps. Par exemple, sur Twitter, je diffuse, parfois beaucoup, lors de colloques où j’ai la chance d’être présent, question d’alimenter les absents, je diffuse parfois dans le cadre de ma profession, en partageant de l’information, ou encore en échangeant, en discutant avec d’autres collègues éducateurs, et enfin, parfois à titre personnel, juste pour jaser!

Tout ça avec le même compte : ce que j’appelle (pour moi, mais je respecte les choix différents du mien) la schizophrénie web, non merci, pas pour moi.

Et ainsi, au fil des ans — j’étais sur les babillards électroniques (Agora, les plus vieux se souviendront) dans les années 90, puis sur la blogosphère, twittosphère, etc., depuis 10 ans —, je me suis bâti un réseau sur le web.

Avec la mort de Jean Lapierre et avec tous les témoignages qu’on a entendus, tous empreints profondément de l’émotion innommable des circonstances de la tragédie tout aussi innommable, j’ai nourri ma réflexion à propos de cet homme très apprécié (et cette appréciation n’est pas du “fake posthume” qu’on voit parfois à la mort de certains!). Il m’apparaît clairement que Jean Lapierre, fortement présent sur les réseaux sociaux (Twitter et Facebook), était vraiment un gars de réseaux. En fait, les réseaux sociaux, pour lui, n’ont été que la continuité de son réseautage amorcé et construit depuis des décennies, en étant simplement proche des gens, les “petits” comme les grands. Ce genre de réseau se construit une personne à la fois, de façon authentique et sincère. Ma conclusion est qu’un tel réseau ne peut se construire sans qu’on s’intéresse profondément aux gens qui composent et qui forment ce réseau, un tel réseau ne peut exister sans ce que je nomme les échanges véritables et humains.

NetworkingEt ça m’a naturellement amené à la façon avec laquelle les “gestionnaires de communautés” —comme le veut le titre consacré à cette fonction de plus en plus présente dans les entreprises— sont parfois présent sur les réseaux sociaux. [Ici, je me dois de souligner le très bon texte de Sylvain Grand’Maison où il aborde cette question, principalement son point 2]. Quand tu es présent sur les réseaux sociaux juste pour faire ton “pitch” de vente, sans jamais échanger avec les gens, quand tu ne fais que diffuser tes lignes et tes phrases pré-écrites, ne t’attends pas à développer un réseau signifiant. Il y a peut-être quelques méga-vedettes qui peuvent parfois le faire et être suivies par des milliers de personnes, mais encore ici, on ne parle pas d’échange et de discussions avec les gens. Ça reste alors une “machine” qui débite son information à coup de 140 caractères à la fois, mais on ne peut pas parler de véritable réseau. Dans un véritable réseau, les mots, les informations, les opinions, les discussions circulent dans les deux sens. Si tu veux bâtir un vrai réseau, implique toi, échange avec les gens, les êtres humains, sois toi-même, authentique, vrai, point final. Alors pour une entreprise, ça peut vouloir dire que la personne responsable de la communication aux réseaux s’implique plus, en défendant bien sûr la ligne de pensée de son entreprise, oui, mais il faut alors qu’elle y croie, qu’elle y adhère et qu’elle s’implique en tant que personne humaine, qui échange avec d’autres humains. J’ai déjà croisé sur les réseaux de telles personnes, mais pas en si grand nombre que ça, parmi les gens de communications !

Pour en revenir à Jean Lapierre, en terminant, je dirais que sa façon de faire réseau, sa façon d’être en réseau est que, finalement, l’homme était réseau. Être réseau tout court. Personnellement, j’en retire une sorte de “modèle” que j’apprends à connaître à titre posthume (je n’ai malheureusement jamais rencontré ce personnage qui n’en était pas un, parce que vrai en tout temps), et qui me montre que, finalement, je pense avoir choisi la bonne route en privilégiant constamment le contact humain avant toute chose, sur les réseaux sociaux comme dans la vraie vie.

P.S.: Mes sympathies aux gens de la famille Lapierre qui restent, ainsi qu’à ses (nombreux) amis…

Frustration en saignant — TIC dans les écoles (mis à jour)

Retour au travail agréable le lundi 5 janvier dernier : je revois avec plaisir les collègues et, après les épisodes de rhume-grippe de ce monde qui frappèrent solidement plusieurs d’entre nous pendant les Fêtes, je me sens un peu mieux…

Puis la nouvelle tombe : les appels d’offres, concernant l’achat de matériel techno-pédagogique, que j’attends personnellement depuis août dernier (procédures d’achat retardées au 1er décembre pour le dépôt de l’appel d’offres, etc.), ont été bloqués ! QUOI ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Non, mais… Etc. Tout ça me lève le coeur, me monte à la gorge, j’ai envie de crier de désespoir, mais que puis-je y faire, tout se passe si haut et si loin de nous, pauvres mortels sur le plancher des vaches 🙁

Et hop, on re-re-re-re-re-retarde encore et encore et encore des projets qui pourraient motiver nos élèves souvent en difficultés, les aider à réussir par delà cette motivation, etc. Tant de choses re-re-re-re-reportées. Frustration. J’en saigne… (D’où le titre, vous l’aviez deviné.)

Tout ça s’ajoute à un cocktail d’annonces plus pessimistes les unes que les autres qu’on nous avait poivrées juste avant Noël… Ça finit par faire lourd à digérer, tout ça.

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max20eSiecleAlors, tout en exprimant quand même, sur le coup, un tout petit peu mon immense frustration sur les réseaux sociaux, je me suis aussi questionné publiquement : je voulais savoir pourquoi ce blocage ? Qui a bloqué ? D’où vient ce blocage ?… Parce que sans l’info, on peut imaginer un paquet de choses allant des lobbys puissants visant à imposer un produit quelconque (et dont souvent personne SUR LE TERRAIN ne veut) jusqu’à une procédurite aigüe provenant de l’immense structure souvent perçue comme castrante pour quiconque a des projets et veut les réaliser pour cette génération-ci d’élèves…

Aussi, je suis bien content que des gens aient eu l’idée de creuser le dossier. Il y a d’abord eu un billet de blogue de Mario Asselin qui faisait état de cette source d’information du CCSR (Centre collégial des services regroupés), centre par lequel on est cette fois passé pour cet achat de masse, laquelle info n’est pas très explicite et qu’on peut plus ou moins bien interpréter. Par exemple, en voyant une petite liste de 4 modèles ou types de tablettes, on pourrait déduire à tort que seuls ces modèles sont admis, et on ne connait pas tous très bien ces modèles… ou bien le milieu n’en veut tout simplement pas ou n’en a jamais fait la demande…

Puis, en jasant ici et là, au moins deux personnes, plus ou moins explicitement selon le cas, m’ont mis sur une piste tout aussi intéressante que déplorable : il y aurait eu des problèmes dits techniques avec la procédure d’appels d’offres et de soumissions. Mais alors de quel côté est le bogue ? me suis-je demandé. Les formulaires d’appels d’offres auraient été mal remplis ? Une source m’a alors dit que c’était une grande compagnie* qui aurait volontairement introduit des bogues techniques sur les formulaires de soumissions envoyés au CSSR, pour soi-disant protester contre la lourdeur de la procédure.

Cette information devait être “confirmée”, sans toutefois qu’on nomme la compagnie, par Yves Therrien le lendemain, dans son article paru dans Le Soleil du 9 janvier dernier.

Et là, mon questionnement se fit encore plus grand : mais pourquoi ? Pourquoi “casser du sucre” sur nos pauvres dos déjà surchargés par les lourdeurs du système, par la tâche, par les dernières nouvelles de nos dirigeants politiques qui ne savent pas vraiment ce qu’on fait réellement sur le terrain, qui nous abreuvent d’inepties en ces temps d’austérité, laissant planer le pire pour l’avenir de NOS enfants ? Etc. Et surtout, pourquoi mettre un frein à des projets élaborés pour ces enfants, afin de les aider à développer des compétences essentielles au 21e siècle dont le 1/6e est déjà passé, soit dit en passant ! Bref, la “folle du logis” s’est emballée un moment, le temps de me verser un café, de respirer un grand nombre de bouffées d’air, puis de (re)commencer à réfléchir.

Je comprends très bien que la procédure d’achat est d’une lourdeur incommensurable, ou presque. Il faut aussi dire que, depuis la saga scandaleuse des TBI payés bien trop cher, le gouvernement joue de prudence. Avec toutes les directives austères du Trésor actuel, il y a une raison de plus pour être frileux sur les achats. Je me suis même fait dire que la partie “contribuable” en moi devrait être heureuse, puisque “mon” argent était dépensé avec parcimonie et prudence, etc. Mais mon jupon de prof refusait de ne pas dépasser cette fois-ci, peut-être parce que ça fait trop d’années que j’attends de voir se concrétiser des projets qui me tiennent à coeur pour mes élèves et pour lesquels projets j’ai déjà investi beaucoup de mon temps et de mon énergie. Alors malgré que je comprenne la lourdeur de la procédure, que je comprenne qu’une grosse compagnie veuille probablement s’en affranchir et faire affaire directement avec les écoles ou les Commissions scolaires (CS), je déplore haut et fort que cette protestation de compagnie se fasse sur notre dos et qu’elle ait pour effet très pervers de tout arrêter encore une fois et que nous nous retrouvions devant rien OU PRESQUE.

J’ajoute “ou presque”, car, grâce à la bonne volonté de certaines personnes dans nos CS et dans nos écoles, des commandes plus petites (moins de 100 000$) pourront être passées et nous pourrons avoir UNE PARTIE de l’équipement requis pour la réalisation de certains projets. Par exemple, chez nous, ça devrait (au conditionnel—voir MISE À JOUR ci-dessous) être le tiers de l’équipement prévu. Concrètement, je ne sais pas encore comment ça pourra se réaliser : faire moins de projets parce que équipement moindre, rendre l’équipement plus mobile d’une classe à l’autre (avec les contraintes de réservations et de déplacements du matériel entre les pavillons…),  privilégier un projet dit plus important au détriment des autres projets. Bref, vous voyez allègrement le genre de choix déchirants qui seront à faire, tout ça si une autre brique ne nous tombe pas sur la tête entretemps, car on ne sait jamais en ces temps incertains.

Pendant ce temps, tempus fugit, comme on dit. Et comme je le disais plus tôt, après toutes ces années à attendre (activement, mais attendre quand même, avec des “en-attendant”**), après toutes ces déceptions accumulées, après que le 1/6e du 21e siècle soit passé déjà sans que l’intégration des TIC, presque omniprésente dans les sphères de notre société, n’ait toujours pas vraiment franchi le seuil des écoles***, après tout ça, donc, je me demande sincèrement si nous allons finir par entrer dans le 21e siècle quand les calendriers seront rendu… au 22e !

MISE À JOUR : 2015-02-16 :

1/3 de la commande prévue est arrivé depuis plus d’une semaine. Il y a eu bogue concernant les étuis des iPad : la commande de ces étuis a dû être reprise… Malédiction, dirait mon collègue. Le problème est sur le point d’être réglé, cependant.

Beaucoup de gens ont travaillé fort afin de concrétiser le tout, mais des obstacles demeurent. Comment, par exemple, gérer l’utilisation d’un charriot de plus de 150 lbs qui ne sera pas transportable d’un étage à l’autre (escaliers seulement)? Comment procéder pour réserver ledit charriot ? Etc.

Ça avance, au moins… c’est ce que je me dis. Et me répète.

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*Certaines sources m’indiquent le nom de LA grosse compagnie, mais je ne la nommerai pas…

**Les “en-attendant” dont je parle, c’est pallier le manque d’équipement :

  1. en continuant d’aller au laboratoire d’informatique (façon de faire un peu “années 1990” pour “pratiquer” les TIC au lieu de les intégrer vraiment, au quotidien)
  2. en demandant aux élèves qui ont leurs appareils de les apporter et de se relier au sans fil (une chance, dans ma CS, au secondaire du moins, nous avons un bon réseau). Ceux qui n’ont pas d’appareil doivent alors se jumeler à quelqu’un qui en possède un.
  3. en demandant aux élèves de faire des trucs chez eux, avec les équipements disponibles à la maison. Évidemment ici, pour ceux qui peuvent…

***Par contre, dans les écoles privées, les tablettes entrent actuellement en grand nombre, ces écoles n’étant pas soumises au même règles que les écoles publiques qui, regroupées en CS, forcent la procédure d’achats, ceux-ci dépassant alors facilement les 100 000 $ fixés comme limite. De là à dire que le gouvernement avantage le privé, il n’y a qu’un pas… que je ne franchirai pas (pas tout de suite !).

Automne gris foncé et grogne populaire…

JetouffeÇa fait 2 mois, depuis septembre 2014, chaque fois que j’écoute les actualités, que je lis un texte relayé par telle ou telle connaissance Twitter ou Facebook, ça fait 2 mois, donc, que j’ai un sentiment de déprime qui ne passe pas…

Ça fait 2 mois que le gouvernement Couillard, nouvellement élu du printemps dernier (l’été a été calme, lui), lance ballons d’essai par-dessus ballons d’essai… Tellement de ballons d’essai qu’on ne sait plus lequel finira par se concrétiser, car les volte-faces se succèdent au même rythme, ou presque, que les lancements de ballons. Tout ce qu’on réussit à savoir, c’est que “Tout doit être mis sur la table” et que “Aucune hypothèse n’est écartée”, même si, en éducation, le “sublime” ministre Bolduc (gaffeur professionnel de son second métier) finit par dire que, finalement, on ne touchera plus à ceci ou cela, que les mesures (à couper) qui touchaient les services aux élèves ne doivent plus être mises de l’avant par les Commissions scolaires, mais que les coupures doivent être faites quand même, etc. (Aucune administration ne se fera hara-kiri, tout de même…) Bref, la CONFUSION est semée dans tous les esprits. L’insécurité aussi. Et le gros bon sens s’éloigne lui aussi…

Parallèlement à tout ça, on sait que les employés de la fonction publique et du secteur para-public auront à renouveler leurs conventions collectives d’ici peu. Le prof que je suis fait donc partie de ce groupe… que je le veuille ou non. Évidemment, on voit poindre, même pas subtilement, des annonces que la caisse est vide, qu’il faut couper, se serrer la ceinture, etc., afin d’atteindre l’objectif du déficit zéro, et ce, pour hier de préférence. Tout ça me rappelle étrangement Lucien Bouchard et “son” déficit zéro de 1996… Mais cette fois-ci, j’ai l’impression, peut-être biaisée par plus d’expérience de vie (et plus de politiciens qui ont alimenté la machine à cynisme que nous devenons de plus en plus à mesure qu’on est plus… lucide !), que ce sera pire encore, du moins pour nous. Car on sait tous que les médecins (je n’ai rien contre eux, ceci dit) seront épargnés, l’actuel ministre de la santé (Barrette) ayant “négocié” d’avantageuses augmentations (pour les spécialistes, du moins) avant de passer dans le clan des ministres. De plus, avec 3 médecins aux premières loges du pouvoir, mettons que les autres médecins peuvent dormir un peu plus tranquilles, eux.

Toujours en même temps que tout ça, la classe moyenne, dont je fais partie, sera mise à mal, financièrement parlant… encore une fois. Actuellement, on ne sait pas trop comment ça se fera, mais trop d’hypothèses circulent présentement dans les journaux pour qu’il ne se passe rien au final. Nos politiciens font bien leur job de lancement de ballons d’essai en frappant potentiellement sur tout ce qui bouge, pour voir comment réagira l’opinion publique et les principaux intéressés avec ces coupures envisagées. Ces jours-ci, on parle des frais de garderies qui désavantageraient les familles qui comptaient là-dessus pour avoir quelque(s) enfant(s) de plus, question de renouveler un peu la population active du Québec, entre autres.

Couillard-Av-Ap

Demain, on parlera sûrement d’un autre truc encore… Un truc qui remet en question plusieurs des principes fondamentaux de nos programmes sociaux qui sont des choix de société. Et comme ce sont des choix de société, c’est en société qu’il faudrait en débattre. Et ces débats étaient LOIN d’être annoncés pendant la campagne électorale qui a conduit ces élus au pouvoir. Discours de campagne et discours une fois au pouvoir sont tout à coup presque diamétralement opposés (voir image ci-contre), et ce, peu importe le parti au pouvoir.

D’un autre côté, on sait que, collectivement, on s’est fait flouer de moults millions par ces bandits et ces mafieux de la “construction” et de l'”ingénierie”, proches amis des politiciens au pouvoir, et que rien ne sera fait pour récupérer ne serait-ce qu’une partie de ces millions, l’autre partie étant engloutie en frais d’avocats de toutes sortes, j’imagine, si jamais des démarches avaient été entreprises…

Bref, on se sent assaillis de toute part, la morosité ambiante nous envahissant petit à petit. Ne restera, pour les politiciens au pouvoir, qu’à frapper sur ceux qui seront le plus à terre et, hop!, le gouvernement deviendra soudainement plus “rentable”, comme si c’était une entreprise qui doit faire des profits : voir à ce sujet l’histoire du gouvernement fédéral qui refila jadis aux provinces… qui, elles, songent à refiler encore plus aux municipalités… et donc, en bout de ligne, toujours au sempiternel con…tribuable qui n’a qu’à payer et payer encore.

Et ceux qui “chiâleront” (se plaindront) le plus fort finiront par se faire respecter (comme les médecins spécialistes, par exemple?), comme si la seule façon d’avoir le respect en 2014 était de gueuler le plus fort et de faire le plus de pression possible sur le gouvernement. Mais qui peut se permettre de faire ainsi pression ? Qui a ce pouvoir ? Ou qui osera ? Après tout, ce sont nous qui élisons ces gouvernements… mais sûrement pas sur la base des promesses électorales dont les élus se moquent à qui mieux mieux une fois le pouvoir obtenu…

Ça ressemble à une autre situation, par exemple, quand un client est insatisfait d’un produit : s’il chiâle bien et aux bonnes personnes, il arrivera à payer moins cher (voire pas du tout) la réparation d’un bris qui n’est pas supposé survenir si tôt dans la durée de vie du produit, etc. On vivrait donc à une époque où il faut faire savoir son mécontentement très fort, jusqu’à ce que le gros bon sens refasse surface… parfois.

En plus, il a été démontré, par le FMI lui-même, que les politiques d’austérité ont un effet pervers pire encore que celui qu’elles veulent combattre.

Alors, devant ces bêtises, saurons-nous nous mobiliser collectivement en cette époque paradoxale où l’égoïsme ou l’égocentrisme semble roi et maitre au moins autant que le chiâlage ?

À suivre !

Enseigner: quel métier ?

Cette semaine, je suis passé à travers un bon paquet d’émotions… Ça fait des mois que je veux écrire un billet sur le nécessaire plaisir au travail (selon moi, c’est une nécessité), plaisir que j’ai eu beaucoup de misère à avoir par moments, à cause de textes parus dans les journaux, à cause de la ministre qui va à gauche et à droite, telle une girouette – je sais l’avoir déjà dit ici, et j’y ai droit, étant chez moi, parce qu’on n’est pas à l’Assemblée nationale ici ! – une girouette qui a l’air d’osciller entre différentes intentions de votes, pour plaire à Pierre, Jean, Jacques, son frère, sa soeur, son père et sa mère tout à la fois… et finissant par plaire à personne ou presque ?

dictature Pour ceux qui me connaissent, je suis du genre à ne presque jamais baisser les bras. Assez grande confiance en moi malgré les aléas parfois assez durs à avaler qui peuvent occasionnellement se présenter, énergie assez vive la plupart du temps et qui alimente une certaine passion, idée toujours assez claire du but poursuivi, conscience de mes limites doublée d’une volonté de les repousser toujours un peu plus loin, et par-dessus tout cela, une espèce de naïveté nécessaire à la survie en milieu parfois hostile de par les conditions pas toujours (ou pas souvent?) facilitantes qui découlent de carences structurelles assez importantes de l’institution-éducation dont on dispose ou dans laquelle on évolue tant bien que mal au fil des jours… Et de plus, par-dessus tout, une ferme volonté d’apprendre !

Je n’arrive pas à m’expliquer pourquoi, mais cette semaine, à la lecture des propos de la ministre rapportés dans les médias et aussi à la suite d’une réunion où on nous a mis au fait des «offres» (les guillemets sont très importants) gouvernementales qu’on nous fait jusqu’à présent, une très (trop à mon goût) grande déprime m’a littéralement envahi. Je ne m’étais jamais (ou presque jamais en fait) vu comme ça et je n’arrive toujours pas à comprendre totalement ce qui a bien pu se passer.

Aussi, vais-je tenter de l’expliquer un peu ici… de le creuser un peu.

Le sentiment général qui se dégageait de ces impressions en était un d’écoeurite aigüe. Je me disais: non mais, on nous prend pour des tartes ou quoi ?

Au cours des 17 dernières années, nos conditions de travail ont empiré, c’est d’une évidence même. Quiconque ne sait pas cela vit sur une autre planète ou se fout carrément de ce qui se passe avec ses enfants dans les écoles… et tout ça me laisse perplexe si la tendance se maintient pour les 17 prochaines années. Au rythme où vont les choses, on va finir par arriver à quelque chose de profondément inhumain…

Cette espèce de non-considération face aux profs, essentiels à une société comme beaucoup d’autres métiers d’ailleurs, m’a littéralement sidéré. On dirait que les profs, ce ne sont que de bébêtes exécutants qui doivent (en théorie, du moins) faire ce que dit la ministre au gré de ses plans tous plus nombreux les uns que les autres, tous plus imprécis et de dernière minute aussi. Visiblement, des plans qui arrivent d’en-haut, très haut même (je soupçonne beaucoup de gens du ministère de ne même pas être au courant à l’avance… !), des plans qui avancent des choses et qui prouvent hors de tout doute une méconnaissance certaine du milieu, de la “chose éducative” et des conditions dans lesquelles on doit exercer notre métier ou profession… (En fait, être enseignant ou prof, c’est probablement ni un métier ni une profession… une vocation, avec tout ce que ça implique d’affectif non mesurable, non quantifiable, n’en déplaise aux gestionnaires-comptables – oui il y en a…)

Les profs, ces éternels incompris, alors ? Peut-être… Peut-être aussi parce que tout le monde se dit capable d’éduquer, puisque parents d’enfants. Le parent éduque, oui, (ou devrait à tout le moins, car certains ne le font pas ou le font très partiellement, – d’autres le font, mais l’enfant répond moins bien, disons…), mais le pédagogue fait apprendre, ça doit être sa spécialité, sa spécificité…

En cela, le prof-pédagogue a une énorme responsabilité pour l’avenir des gens de ce pays (et de ce pays tout court) dans lequel il exerce sa profession. MAIS on ne le laisse pas exercer pleinement et LIBREMENT cette responsabilité ou cette “fonction”. Au contraire, on tente de l’enfermer dans une liste de choses à faire, auxquelles se conformer, de suivre un programme qui change au gré de la météo ministérielle (je parle de la ministre ici, pas nécessairement du ministère: nuance !), bref, d’être un bébête exécutant comme je disais ci-dessus, un petit esclave, relent possible du prescripteur-esclave engagé par le riche romain pour garder éduquer ses petits (?)…

(Parenthèse ici, une autre (!): les syndicats, de par leur approche ouvrière (je n’ai rien contre les ouvriers!), contribuent probablement sûrement, malgré eux (?), à cette non considération professionnelle en poussant les conditions de travail à parfois devenir abrutissantes (le mot est peut-être fort) au sens où on doit exécuter certaines choses, ou être présent de telle heure à telle heure… pour tenter de quantifier le coeur qu’on met à l’ouvrage. Certaines ententes négociées finissent par avoir l’air de définir trop de détails et de faire perdre une certaine autonomie aux profs, malgré la volonté contraire. – Paradoxe ?)

Ou bien encore, on tente d’enfermer la responsabilité dans une sorte de gestion-par-les-résultats (chiffrés SVP !) en tentant de rendre imputable le prof et lui seul (?) concernant les résultats de tous ses élèves. Je regrette, mais ici, il devrait s’agir d’une responsabilité partagée entre les profs, oui, mais aussi la direction d’école et la commission scolaire qui fournit le lieu et les conditions facilitants ou pas, les parents et, surtout, le jeune lui-même !!! Ajoutons à cela le ministère de qui découle les programmes de formation.

On ne peut pas enfermer dans des chiffres (réflétant réellement les résultats d’une personne ?) la fonction d’enseigner, de faire apprendre, d’être pédagogue… L’affectif, qui est un facteur primordial et oublié par tous les comptables (je ne les déteste pas, mais leurs méthodes sont incompatibles avec l’affectif, par définition), fait partie de l’acte pédagogique, on ne peut le nier ou l’ignorer: c’est un non-sens en soi, alors.

Avec tous ces éléments de pression, on peut maintenant comprendre que les profs se sentent de plus en plus infantilisés, abrutis, démotivés ou démoralisés devant tant de choses indiscibles, indescriptibles, incompréhensibles, et surtout autant éloignées de l’acte pédagogique lui-même.

Comme le disait si bien Brigitte Friset dans sa lettre à la ministre, publiée dans Le Devoir du 19 mars 2010, «Laissez-nous, sans mépris comme vous le faites, améliorer ce sur quoi nous travaillons sans vous depuis dix ans déjà!»

Cette revendication d’une autonomie professionnelle perdue ou largement bafouée, je la fais mienne également. Vivement qu’on finisse par comprendre, au Québec, qu’une pédagogie efficace ne se calcule pas, mais se vit au quotidien avec nos élèves à nous, les profs, de par la relation qu’on installe avec eux et qu’on vit, puis, par la suite, des apprentissages qu’on leur fait vivre, non pas des apprentissages prémâchés, relents d’un Pablum pédagogique depuis longtemps révolu qui n’instruit pas mais abrutit et infantilise, mais des apprentissages pleinement réalisés en mettant en relation divers éléments de notre réalité complexe (par définition…) à travers laquelle nous devons évoluer, avancer, continuer d’apprendre en continu.

Sinon, on recule et on meurt, comme société, point final.

Investissons sur notre avenir à tous, ça commence drôlement à presser, à mon humble avis.